Rodrigues, grandeur nature

Laboratoire du tourisme culturel et durable ?

À l’occasion du 24e anniversaire de l’autonomie de Rodrigues, l'équipe du projet ICC revient sur les rencontres réalisées dans l’île pour l’émission Ça fait débat de la MBC consacrée au tourisme culturel et durable. De la Réserve François Leguat aux chemins d’EcoBallade, du limon de Tonton Marcellin à la cuisine de Béatrice Baptiste, ces initiatives montrent comment un territoire peut transformer ses patrimoines en expériences touristiques, tout en cherchant à préserver ce qui fait sa singularité.

Le 12 octobre 2002, l’Assemblée régionale de Rodrigues tenait sa première séance. Vingt-quatre ans plus tard, Rodrigues Day rappelle cette autonomie acquise au sein de la République de Maurice et la capacité du territoire à définir ses propres priorités de développement.

Parmi elles, le tourisme occupe une place particulière. Sur une petite île aux ressources fragiles, la question n’est pas seulement de savoir comment attirer des visiteurs, mais quel tourisme développer, avec quelles retombées pour le territoire et quel impact sur ses ressources naturelles et culturelles.

Tourisme culturel : du patrimoine à l’expérience

Selon ONU Tourisme, le tourisme culturel est motivé par le désir d’apprendre, de découvrir et d’expérimenter les expressions culturelles matérielles et immatérielles d’une destination. Cela inclut le patrimoine, mais aussi les arts, l’artisanat, la gastronomie, les traditions et les cultures vivantes. L’UNESCO souligne également que le tourisme culturel est profondément lié au territoire et au désir d’entrer en contact avec une culture locale. À Rodrigues, cette définition prend immédiatement une dimension concrète.

Avec Marie Paule Pierre-Louis et EcoBallade, une randonnée ne consiste pas uniquement à parcourir un beau paysage. Elle permet de lire le territoire, de parler de biodiversité, de comprendre certaines pratiques locales et surtout d’aller à la rencontre de ceux qui y vivent. Parmi eux, Tonton Marcellin, producteur de limon de Rodrigues. Derrière un produit emblématique apparaissent alors un terroir, des gestes, des connaissances et une histoire. Le produit agricole devient ainsi une porte d’entrée vers la culture de l'île.

Préserver la biodiversité fait aussi partie de l’expérience

À la Réserve François Leguat, Aurèle André et ses équipes proposent une autre articulation entre tourisme et territoire.

Tortues géantes, grottes et forêt restaurée attirent naturellement le visiteur. Mais la visite permet surtout de comprendre le travail entrepris pour restaurer un écosystème profondément transformé au fil de l’histoire.

Cette approche renvoie directement à la notion de tourisme durable. Pour ONU Tourisme, celui-ci doit prendre en compte simultanément ses impacts économiques, sociaux et environnementaux, les besoins des visiteurs comme ceux des communautés d’accueil, et préserver les ressources naturelles et la biodiversité.

Autrement dit, le tourisme durable n’est pas simplement une nouvelle catégorie de tourisme. C’est une façon de penser toute l’activité touristique, depuis l’usage des ressources jusqu’aux bénéfices économiques pour les habitants.

À François Leguat, protéger la biodiversité, l’expliquer et la rendre accessible au visiteur participent donc d’une même démarche.

Quand le visiteur devient acteur

Avec Béatrice Baptiste, à La Belle Rodriguaise, le voyage passe par la cuisine et les produits du territoire.

Le limon n’est plus seulement quelque chose que l’on achète ou que l’on goûte. Il peut devenir le point de départ d’une recette, d’un échange et d’un apprentissage.

On entre alors dans le champ du tourisme créatif. Le concept, développé par Greg Richards et Crispin Raymond et repris notamment par l’UNESCO, désigne des expériences dans lesquelles le voyageur développe sa créativité en participant activement à des activités caractéristiques du lieu visité.

Cuisiner un produit local, apprendre un geste artisanal, participer à une pratique artistique ou découvrir un savoir-faire avec celui ou celle qui le maîtrise transforme la relation entre le visiteur et le territoire.

De belles initiatives… mais sont-elles suffisamment connectées ?

Ces rencontres montrent que Rodrigues possède déjà beaucoup des ingrédients recherchés aujourd’hui par le tourisme culturel : patrimoine naturel, gastronomie, savoir-faire, agriculture, hospitalité.

Mais elles font aussi apparaître un enjeu essentiel : la connexion entre les acteurs.

Un producteur peut proposer un produit remarquable, un artisan développer une création locale, un guide concevoir une expérience originale : encore faut-il que ces offres rencontrent les hôtels, les agences, les restaurateurs et les circuits fréquentés par les visiteurs.

Comment mieux intégrer ces acteurs à l’économie touristique, afin qu’une part plus importante des dépenses des visiteurs bénéficie directement aux producteurs, artisans, guides et autres forces vives du territoire ?

Cette question sera au cœur du prochain rendez-vous régional du projet ICC à Rodrigues, qui réunira des professionnels de la culture, du tourisme et de l’environnement venus de toute l’Indianocéanie pour faire émerger des coopérations concrètes.

 

📺 À voir : Ça fait débat - "Le tourisme culturel, la nouvelle destination Maurice"

À l’occasion de la Journée mondiale du tourisme célébrée le 27 septembre, la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) a consacré un numéro spécial de Ça fait débat au tourisme culturel et durable à Maurice.

Patrimoine, mémoire, gastronomie, créativité, savoir-faire mais aussi tourisme culturel et durable à Rodrigues : l’émission donne la parole à plusieurs acteurs qui contribuent à renouveler l’expérience touristique mauricienne.

Voir l’émission complète :
https://www.youtube.com/watch?v=vzIfHJhevCM

 

📺 Ça fait débat – Le tourisme culturel, la nouvelle destination Maurice | Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) © MBC

Publié le 14/10/2026