Ce que les femmes apportent aux industries culturelles et créatives
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le projet ICC de la Commission de l’océan Indien a mis à l’honneur six femmes qui font bouger les industries culturelles et créatives dans notre région.
Mais au-delà de ces portraits inspirants, j’aimerais partager une conviction née de mon travail quotidien avec les artistes, entrepreneures et actrices culturelles : les femmes n’apportent pas seulement leur présence dans les industries créatives. Elles en transforment profondément les dynamiques.
Les chiffres montrent à quel point leur contribution est déjà déterminante.
Selon les analyses de la CNUCED sur l’économie créative, les ICC représentent aujourd’hui plus de 3 % du PIB mondial et près de 30 millions d’emplois dans le monde. Les femmes y sont particulièrement présentes dans de nombreux métiers créatifs et culturels.
Et pourtant, elles restent encore confrontées à des obstacles structurels : accès plus difficile aux financements, reconnaissance insuffisante de leur travail, sous-représentation dans certains postes de décision ou violences basées sur le genre.
Mais ces chiffres ne racontent pas toute l’histoire.
Ce que révèle la pratique
Depuis plusieurs années, en coordonnant des programmes de développement des industries culturelles et créatives, j’ai eu la chance de rencontrer des centaines de femmes artistes, entrepreneures culturelles, étudiantes, militantes ou cheffes de projets.
Ce qui me frappe chez elles, ce n’est pas seulement leur talent. C’est la manière dont elles créent du lien.
Elles relient les disciplines, les générations et les territoires.
Elles ouvrent des espaces où la parole circule, où les expériences se partagent et où la création devient un acte collectif.
Dans beaucoup de projets culturels portés par des femmes, la dimension humaine est centrale : le soin apporté aux équipes, l’attention aux publics, la transmission aux jeunes générations et l’ancrage dans les territoires.
Comme le résume la comédienne et metteuse en scène réunionnaise Cécile Fontaine :
« Être actrice d’un territoire nécessite la confiance du public pour pouvoir mener des actions justes et pertinentes. »
La force de l’émotion
Dans de nombreux contextes professionnels, l’émotion est encore trop souvent perçue comme une faiblesse. Je pense exactement l’inverse.
La capacité à accueillir les émotions — les siennes comme celles des autres — est souvent ce qui donne naissance aux œuvres les plus puissantes, aux récits les plus sincères et aux projets les plus rassembleurs. Beaucoup des femmes que je rencontre n’ont plus honte de cette dimension. Elles la revendiquent.
La poétesse mozambicaine Enia Stela Lipanga l’exprime avec une grande justesse :
« Aujourd’hui j’utilise mes cicatrices comme un outil de changement et de transformation sociale. »
Les femmes transforment leurs expériences — parfois douloureuses — en créations artistiques, en initiatives sociales ou en projets culturels qui font bouger les lignes.
Dans un monde créatif souvent marqué par la compétition et la précarité, elles rappellent que la création peut aussi être un espace de réparation, de dialogue et de transformation.
Transmission et collectif
Un autre trait revient souvent : la transmission.
Dans de nombreux projets portés par des femmes, la réussite individuelle s’inscrit dans une dynamique plus large de partage et de transmission.
Elle devient un point de départ pour ouvrir des portes à d’autres : former, accompagner, partager un réseau, transmettre un savoir-faire ou créer de nouvelles opportunités. Cette logique de transmission est une force considérable pour structurer les écosystèmes culturels. Dans une région comme l’océan Indien, où les industries créatives sont encore en construction, cette dimension collective est particulièrement précieuse.
Car les industries créatives ne se développent pas seules.
Elles se construisent dans la coopération, les réseaux et la confiance.
Pour l’entrepreneure seychelloise Hafiza Lynn Talma, ces dynamiques collectives sont essentielles :
« Les formations ICC ont permis de créer un réseau de femmes unies par une belle entente. Grâce à notre entraide, je suis convaincue que nous formons une équipe solide pour grandir ensemble durablement. »
Les programmes de mobilité peuvent aussi jouer un rôle déterminant pour ouvrir de nouveaux horizons, comme le souligne la réalisatrice malgache Felana Rajaonarivelo :
« Oser partager son art, oser croire en sa voix et oser rencontrer l’autre : c’est souvent dans l’échange que naît l’inspiration la plus profonde. »
Une vision pour l’avenir des ICC
Si les industries culturelles et créatives sont aujourd’hui reconnues comme un levier de développement économique, elles sont aussi — et peut-être surtout — un levier de transformation sociale.
Les femmes y jouent un rôle essentiel.
Non seulement parce qu’elles y sont nombreuses, mais aussi parce qu’elles apportent une manière souvent différente de penser la création, l’entrepreneuriat et le leadership.
Une manière plus collaborative.
Plus inclusive.
Plus attentive aux territoires et aux personnes.
L’avenir des industries créatives dans la région repose aussi sur une nouvelle génération engagée dans la coopération culturelle.
Comme le souligne Mirfat Djaoid, étudiante comorienne en relations internationales et diplomatie culturelle :
« La jeunesse a toute sa place dans la coopération internationale : nos idées et notre énergie peuvent transformer les projets et renforcer les liens culturels entre nos régions. »
Si l’avenir des industries créatives dans la région est prometteur, c’est aussi parce que des femmes y créent, entreprennent et transmettent chaque jour. La vraie question à se poser : leur donnons-nous vraiment les moyens d’aller plus loin ?
Le 8 mars célèbre la Journée internationale des droits des femmes. Cette journée permet de mettre en lumière les progrès accomplis. Mais elle rappelle aussi les défis qui persistent pour garantir l’égalité, la justice et le respect des droits fondamentaux des femmes et des filles.
En 2026, l’Organisation des Nations unies a choisi le thème « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles ». Ce thème appelle les États, les institutions et les sociétés à agir concrètement pour :
- supprimer les obstacles à l’égalité
- renforcer la protection juridique des femmes
- faire respecter leurs droits partout dans le monde.
Pourquoi le 8 mars ?
La Journée internationale des droits des femmes trouve ses origines au début du 20ᵉ siècle, dans un contexte de fortes revendications sociales et politiques. À cette époque, les femmes se mobilisent pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer :
- de meilleurs salaires
- la réduction du temps de travail
- le droit de vote
- l’égalité professionnelle
Le 28 février 1909, les États-Unis organisent la première « Journée nationale des femmes ». Objectif : soutenir les revendications des travailleuses et de promouvoir le droit de vote des femmes.
De la mobilisation internationale à la reconnaissance officielle
La première Journée internationale des femmes est célébrée le 19 mars 1911 en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse.
Le 8 mars 1917, des ouvrières russes manifestent pour « du pain et la paix », déclenchent une grève majeure et contribuent à inscrire cette date dans l’histoire.
En 1975, les Nations unies célèbrent officiellement pour la première fois la Journée internationale des femmes.
En 1977, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution invitant les États à célébrer une journée consacrée aux droits des femmes et à la paix internationale.
Des inégalités et injustices qui persistent
Malgré des avancées importantes, les femmes continuent de faire face à de nombreuses inégalités dans le monde.
- Les femmes gagnent environ 20% de moins à travail égal
- Elles sont davantage exposées aux emplois précaires
- Cette précarité limite leur accès aux soins, surtout dans les familles monoparentales
- Une femme sur trois subit des violences physiques ou sexuelles dans sa vie
- Plus de 200 millions de femmes et de filles subissent les conséquences des mutilations génitales*
- Chaque année, 12 millions de filles sont mariées avant 18 ans, ce qui interrompt leur éducation et met leur santé en danger
- 129 millions de filles ne sont pas scolarisées
*Les mutilations génitales féminines constituent une violation grave des droits humains et entraînent des conséquences durables sur la santé physique et psychologique des filles.
Source : https://www.commissionoceanindien.org/journee-internationale-droits-femmes-2026/