TikTok, nouvelle rampe de lancement pour les artistes comorien·nes

© JMK

Une scène musicale en pleine mutation 

Pendant longtemps, percer dans la musique comorienne passait par des réseaux informels ou par la diaspora. Aujourd’hui, quelques secondes de vidéo peuvent suffire à attirer l’attention. 
C’est ce qu’a vécu JMK La Melo, de son vrai nom Ahamada Ayan. « Quand j’ai commencé, personne ne me connaissait, vraiment personne. », confie-t-il. En publiant ses titres sur TikTok, notamment Bébé Kamakine, il commence peu à peu à se faire remarquer. Les vues s’accumulent, le public suit, et les opportunités arrivent. Résultat, il se produit sur des scènes en France et initie des collaborations avec de nouveaux artistes. 

Même dynamique du côté de Sonia, de son nom complet Randriatahina Sonia Carlos, qui s’est lancée fin 2025, avec une approche plus stratégique. Présente sur plusieurs plateformes, elle utilise TikTok comme un outil de mise en scène de son univers. « Aujourd’hui, je ne sors plus juste un morceau. Je crée un moment. », explique-t-elle. Une manière pour elle de capter l’attention, notamment celle de la diaspora, et de multiplier les occasions de se produire. 

 

Peut-on vraiment en vivre ? 

Cette nouvelle forme de visibilité pose une question essentielle : peut-on gagner sa vie grâce à TikTok aux Comores ? 

Pour beaucoup, la réponse reste mitigée. La monétisation directe de la plateforme est encore largement inaccessible localement. Les artistes doivent compter sur des revenus indirects. 
« Ce que je gagne, c’est surtout grâce aux concerts. », explique JMK La Melo. TikTok lui sert avant tout de vitrine. Une réalité partagée par Sonia. « Ça ne rapporte pas directement, mais ça aide à remplir des salles. » 

Derrière l’engouement, le constat est clair : le secteur manque encore de structuration, et les opportunités économiques restent fragiles. 

 

Une visibilité qui expose 

L’essor de TikTok ne fait pas que créer des opportunités, celui-ci met aussi en lumière certaines inégalités, notamment pour les femmes artistes. 

Si la plateforme permet de s’exprimer librement et d’atteindre directement son public, elle expose aussi davantage aux critiques. Sonia en fait régulièrement l’expérience. « Il y a beaucoup de commentaires pas toujours bienveillants. », confie-t-elle. 

Une pression qui ne touche pas les artistes de la même manière. Là où les hommes sont davantage valorisés pour leur musique, les femmes doivent souvent supporter des jugements sur leur image ou leurs choix artistiques. 

© Sonia
©Sonia

Un écosystème encore à construire 

TikTok ouvre des portes, c’est indéniable, mais ne peut, à lui seul, structurer toute une industrie. 

Manque d’infrastructures, absence de dispositifs d’accompagnement, faibles opportunités locales. Autant de freins qui limitent encore le développement des carrières artistiques dans l’archipel. 
Aujourd’hui, la scène musicale comorienne avance entre opportunités numériques et réalités économiques. Reste à savoir si cette nouvelle visibilité pourra, à terme, s’inscrire dans un écosystème plus solide capable de soutenir durablement ses artistes. 

 

Mohamed Ali Nasra, journaliste 

Publié le 19/05/2026