Beloved

le corps comme cri collectif signé Kezia Jonah
©Danio Movicthe

 

De Madagascar à Dakar, la danseuse et chorégraphe malgache Zafinoa Hanitriniaina Kezia Jonah impose une voix singulière sur les scènes contemporaines internationales. Avec Beloved « oui ou non », œuvre née d’une histoire personnelle devenue geste politique, elle interroge la condition féminine, la mémoire du corps et les possibilités de réparation par la danse. Soutenue par la Commission de l’Océan Indien, elle affirme aujourd’hui une démarche d’artiste-entrepreneure engagée.

À la croisée de la danse contemporaine africaine, de la parole et de la spiritualité, Beloved « oui ou non » interroge avec force ce que signifie être une femme dans la société contemporaine. Créé initialement comme un solo, Beloved est un cri du cœur. L’artiste y transforme la douleur personnelle en mouvement, rendant un hommage vibrant à toutes les femmes victimes d’injustices sociales. La pièce traverse des états de vulnérabilité, de révolte et de réappropriation de soi, posant une question centrale : cet amour est-il inconditionnel ou soumis à des compromis ? C’est un dialogue entre le « oui » et le « non », entre l'acceptation des normes et le désir d'émancipation.

Du solo au trio : faire émerger une sororité scénique

Après une tournée internationale saluée par le public et la critique couronnée par le prix Solo Newcomer au SoloDuo Tanzfestival Köln en Allemagne en 2024, Beloved évolue alors vers une forme en trio. Kezia Jonah endosse cette fois-ci le rôle de chorégraphe pour laisser la place à d’autres femmes et à leurs voix en mouvement. Présentée pour la première fois à l’Alliance Française de Nosy Be (Madagascar) en décembre 2025, la version trio transforme la narration : il ne s’agit plus d’une voix solitaire mais d’une sororité incarnée où les corps dialoguent, se soutiennent et amplifient le message. 

La slameuse Makwa Joma rejoint la scène apportant une dimension textuelle en direct, renforçant l’intensité émotionnelle de la pièce. Également, les danseuses Mylane et Andreas choisies pour leur engagement artistique et leur énergie. Une collaboration faite de manière organique, guidée par le coup de cœur artistique. Vivant à Dakar mais profondément liée à Madagascar, Kezia Jonah souhaite créer des opportunités concrètes pour les artistes féminines malgaches.

Les femmes africaines dans la création contemporaine mondiale

Cette nouvelle étape de Beloved a été rendue possible grâce au soutien de la Commission de l’Océan Indien à traves le projet ICC (Industries Culturelles et Créatives). Pour Kezia Jonah, cela reste une reconnaissance symbolique forte en affirmant que les femmes ont toute leur place dans les sphères de création, de leadership et de production culturelle. Elle contribue à briser le plafond de verre de la précarité artistique et à donner aux artistes les moyens de leurs ambitions.

Avec Beloved, Kezia Jonah signe ainsi une œuvre puissante, intime et politique, qui fait de la danse un espace de résistance, de transmission et de transformation sociale et affirme, scène après scène, la place des femmes africaines dans la création contemporaine mondiale.

Aina Zo Raberanto 

Journaliste - Photographe 

Publié le 30/01/2026