L’objectif comme boussole : structurer l’imaginaire des Comores et de l’océan Indien
Capturer l’âme commune : la démarche d’Ali Mahmoud
Le parcours de recherche d’Ali Mahmoud explore les traces tangibles d’un héritage partagé. Lors de ses résidences à Madagascar, le photographe a mis en lumière des parentés culturelles frappantes :
- Une mémoire esthétique : Ses travaux démontrent que le masque de beauté au santal, souvent associé à Madagascar, trouve ses racines aux Comores sous le nom de « Ndzuwani », identifiant directement l’île d’Anjouan.
- Des résonances historiques et rituelles : De la figure du sultan Said Ali (déporté à la Réunion puis enterré à Madagascar) aux rituels animistes capturés à Tamatave, l’image sert de pont mémoriel.
- La transversalité des arts : La recherche d'Ali Mahmoud s'étend bien au-delà de la photographie. Elle tisse des liens avec la musique, en révélant les racines communes du Mgodro, du Salegy et du Sega, et s'aventure même sur le terrain sportif. Il met en lumière les similitudes entre le Mrengue des Comores et le Moringue de La Réunion, une discipline qui a déjà franchi l'étape de la professionnalisation avec sa propre fédération.
Bâtir un écosystème durable pour les industries créatives
Pour que ces visions artistiques perdurent, une structuration professionnelle du secteur est indispensable, d'autant que l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) souligne qu'une part majeure de l'économie créative régionale demeure informelle, entravant l'accès des artistes aux financements bancaires. Cette professionnalisation repose sur l'établissement d'un cadre législatif robuste, dont l'étape décisive a été la promulgation de la loi N°20-004/AU relative au droit d'auteur et aux droits voisins. Bien que ce texte rédigé en juin 2020 et adopté depuis peu, constitue un socle juridique fondamental, il reste encore méconnu des acteurs des industries créatives comoriennes. Pourtant, cette loi leur permet de protéger officiellement leurs créations, de faire valoir leurs droits patrimoniaux et moraux face aux exploitants, et de structurer contractuellement leurs collaborations pour garantir une juste rémunération de leur travail.
Un appel à la transmission
Malgré un accès encore restreint aux subventions internationales, le potentiel de croissance est réel. À titre de comparaison, le secteur créatif à Madagascar génère déjà environ 270 millions de dollars de revenus selon les données de l’OIF. Pour Ali Mahmoud, la finalité est de léguer des outils et un réseau aux générations futures. Le message est simple : il faut se lancer et se professionnaliser pour que l'image comorienne devienne un moteur de développement régional.