Antsa Arimalala : quand l’art numérique dialogue avec le savoir-faire Zafimaniry
Bénéficiaire du projet Industries Culturelles et Créatives soutenu par l’AFD et la Commission de l’Océan Indien, l’artiste sonore et créateur numérique Antsa Arimalala développe une installation immersive « Géométrie vivante Zafimaniry ».
Peuple des Hautes Terres de Madagascar, les Zafimaniry sont reconnus pour l’art du travail du bois inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. À travers l’intelligence artificielle, le son et l’interaction du public, l’artiste propose une nouvelle manière de découvrir et de transmettre ce patrimoine ancestral. Rencontre.
Comment est né ce projet ?
Pendant la création de mon album Spirits, je cherchais des éléments iconographiques malgaches pour accompagner le voyage sonore que nous avions réalisé dans le Sud en 2024. En explorant différentes iconographies africaines, je me suis intéressé aux Zafimaniry. Nous avions effectué un détour dans cette région la même année. J’ai été fasciné par leur patrimoine visuel unique. J’ai alors eu envie de créer une œuvre qui leur rende hommage tout en l’inscrivant dans une démarche d’art numérique. L’intelligence artificielle offre une nouvelle dimension à ce travail surtout dans la préservation et la valorisation de ce patrimoine visuel.
Justement, pouvez-vous nous parler de cette immersion dans la région Zafimaniry ?
Avec l’équipe, nous y sommes retournés cette année. Nous avons séjourné à Sakaivo, un village proche d’Antoetra qui, je dirais, est encore intact malgré les menaces culturelles. Notre démarche n’était pas celle de touristes, mais plutôt de chercheurs ou de personnes venus apprendre. Nous avons découvert une société qui conserve une identité forte malgré les transformations des paysages, les évolutions des modes de construction et les enjeux environnementaux. Les Zafimaniry sont reconnus pour l’utilisation du bois, mais nous avons également observé d’autres formes d’expression comme le tissage et les tresses que je souhaite intégrer dans mon installation prévue en novembre. Notre objectif n’est pas de parler à la place des Zafimaniry, mais de contribuer, grâce aux outils numériques, à faire connaître et préserver leur patrimoine.
Au-delà de leur esthétique, que représentent pour vous les motifs géométriques Zafimaniry ?
Ils portent avant tout des valeurs sociales et patrimoniales, une manière de vivre, une vision du monde. Actuellement, je mène un travail de recherche pour identifier, classifier et numériser ces motifs et choisir les éléments visuels que je vais utiliser. Je vais également travailler avec un designer graphique et un développeur pour créer une base numérique qui permettra d’explorer toutes les combinaisons possibles.
Pourquoi avoir choisi une installation interactive plutôt qu’une exposition classique ?
Dans cette installation, le spectateur sera aussi concepteur afin qu'il puisse comprendre toute la dimension artistique, sociale, patrimoniale et unique de l'art Zafimaniry. Grâce à des capteurs de mouvement et à des projecteurs, les déplacements des visiteurs feront apparaître et évoluer en temps réel des motifs Zafimaniry. Nous installerons un système de diffusion quadriphonique qui réagira aux motifs créés en temps réel et résonneront avec des sons générés et des enregistrements que nous avons pris sur place.
L’intelligence artificielle suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétudes. Comment l’utilisez-vous sans dénaturer ce patrimoine ?
Ici, l’intelligence artificielle n’est pas créatrice des motifs. Elle est un outil qui nous sert plutôt d’accélérateur pour éviter certaines tâches chronophages surtout dans le traitement des éléments à utiliser. Nous allons nous former grâce à l’IA et l’IA reprendra les décisions artistiques des motifs selon la logique Zafimaniry, mais en version plus automatisée. C'est l'IA qui va faire le choix de plusieurs formes et de plusieurs combinaisons, parce que tout est mathématique.
Propos recueillis par Aina Zo Raberanto, journaliste