Pierrot Men, plus de cinquante ans à regarder Madagascar
Pierrot Men photographie Madagascar, faisant du noir et blanc sa signature et captant dans les scènes du quotidien la lumière, les émotions et l’humanité. Actuellement, une grande exposition, « Pierrot Men, Fofon’Aina », retrace son parcours chez Hakanto Contemporary, à Antananarivo, à travers archives personnelles, et œuvres emblématiques.
« Rien n’a changé. La passion n’a pas disparu, elle s’est simplement approfondie ». Après plus de cinquante ans derrière l’objectif, Pierrot Men continue de porter un regard attentif sur le monde qui l’entoure. Figure majeure de la photographie malgache, il puise toujours son inspiration dans les scènes ordinaires, les rencontres et les fragments du quotidien. « Je continue à être surpris par la capacité d’une scène très simple, ordinaire, à devenir soudainement forte et émouvante lorsque tous les éléments se mettent en place. Et cela me touche toujours profondément » confie-t-il. Son parcours est actuellement mis à l’honneur avec « Pierrot Men, Fofon’Aina », une grande exposition présentée chez Hakanto Contemporary, à Antananarivo, jusqu’en février 2027. Archives personnelles, œuvres emblématiques, images inédites, peintures de ses débuts et près de 500 tirages retracent un demi-siècle de création.
Le noir et blanc comme signature
Le noir et blanc occupe une place centrale dans l’œuvre de Pierrot Men. Loin d’être un choix dicté par la nostalgie, il est devenu son langage photographique. « Il me permet d’aller à l’essentiel : la lumière, les ombres, les expressions, les gestes, les émotions. Il n’y a rien qui vient distraire le regard. Et puis, il donne aux images quelque chose d’intemporel » explique-t-il. À l’époque de l’argentique, il passait de longues heures dans la chambre noire pour travailler la lumière et les contrastes. Aujourd’hui, le numérique a remplacé cet espace, mais pas sa manière de regarder. « L’ordinateur a remplacé la chambre noire, pas mon regard » résume-t-il. Pour lui, la photographie reste avant tout une manière de parler de l’humain, des rencontres et des émotions.
De la peinture à la photographie
Avant de devenir photographe, Pierrot Men était peintre. Encore collégien, la découverte des œuvres de Noël Razafintsalama l’avait profondément marqué, au point de décider de se consacrer à la peinture. Pendant dix-sept ans, il peint et utilise l’appareil photo de son père, un ancien Kodak à soufflet, pour réaliser les images qui lui servent de modèles. Sans véritablement s’en rendre compte, la photographie s’installe déjà au cœur de son travail. Un jour, une femme observe ses toiles puis les photographies qui lui servent de modèles. Son commentaire provoque un déclic. « Arrête la peinture. Tu ne vois donc pas que tes photos sont plus belles et plus vivantes ?» lui dit-elle.
« Ça a été un déclic. J’ai rangé mes pinceaux et je me suis consacré entièrement à la photographie. J’ai compris que j’étais photographe depuis le début, sans le savoir » raconte Pierrot Men. La peinture n’a pourtant jamais complètement disparu de son regard. « Je continue à composer mes photos comme je composais mes toiles. Je pense à la lumière, aux formes, aux ombres, à l’équilibre. Cette manière de regarder est toujours là » confie-t-il.
Madagascar comme une source d’inspiration
Au fil des décennies, ses photographies ont été exposées dans plusieurs pays et son travail a reçu différentes distinctions.Madagascar reste au cœur de sa démarche. Pierrot Men ne prétend pas raconter toute l’histoire du pays à travers ses images. Il préfère se définir comme un témoin de son époque. « Je suis simplement témoin de mon temps, de ce que je vois et de ce que je vis » souligne-t-il. Dans ses photographies, il cherche la beauté, la lumière, la dignité et l’humanité, y compris dans les situations difficiles. Le respect de la personne photographiée demeure essentiel à ses yeux. « J’essaie que la personne que je photographie se sente comprise, respectée et aimée » affirme-t-il. Cette approche explique aussi sa conception de la photographie. Une image n’a pas besoin d’être spectaculaire ou techniquement parfaite. Elle doit avant tout être sincère et capable de créer un lien avec celui qui la regarde.
Transmettre un regard
Après plus d’un demi-siècle de pratique, Pierrot Men continue de considérer la photographie comme son activité principale. Avec le Labo Men, son studio et son atelier, il reste proche du quotidien des Malgaches, tandis que son travail d’auteur lui permet de poursuivre sa propre recherche artistique.
Aux jeunes photographes, il conseille avant tout la patience et la sincérité. Plutôt que de chercher immédiatement un style, il les encourage à trouver un sujet qui les touche et qu’ils auront envie d’explorer sur le long terme. « On peut apprendre à faire des photographies. Mais on ne peut pas apprendre à avoir quelque chose à dire. C’est toute une vie qui construit un regard » estime-t-il. « Photographier avec leur cœur autant qu’avec leurs yeux » conseille-t-il.
Nicole Rafalimananjara, journaliste
En savoir plus : https://www.pierrotmen.com/
Crédit Photos : Pierrot Men