Sommet Lumière : quelles opportunités pour le cinéma et l’audiovisuel dans l’océan Indien ?
Sauvegarder les archives audiovisuelles
C’est probablement l’annonce la plus directement utile pour la région.
À l’occasion du Sommet Lumière, la fondation ALIPH, en coopération avec le Centre national du cinéma et de l’image animée français, a lancé un programme international consacré à la sauvegarde du patrimoine cinématographique et audiovisuel en danger.
Une première enveloppe de 500 000 dollars est mobilisée dès 2026 pour des interventions d’urgence. Le programme prévoit notamment le diagnostic des fonds, la sécurisation des collections, la conservation physique, la numérisation, l’amélioration des conditions de stockage, l’acquisition d’équipements et la formation des professionnels.
Ces besoins existent dans plusieurs pays de l’océan Indien.
Au Mozambique, par exemple, l’INICC conserve d’importantes archives audiovisuelles. Une partie des supports nécessite aujourd’hui des interventions rapides de conservation et de numérisation.
Ce nouveau programme pourrait aussi inciter à regarder la situation à l’échelle régionale. Quels fonds audiovisuels sont aujourd’hui menacés à Madagascar, aux Comores, à Maurice, aux Seychelles ou au Mozambique ? Quels besoins pourraient être traités ensemble ? Quels partenaires techniques pourraient être mobilisés ?
Faire davantage circuler les œuvres
Le Sommet Lumière a aussi beaucoup insisté sur la circulation des œuvres et leur visibilité.
Dans l’océan Indien, des films, documentaires, séries ou œuvres d’animation sont produits dans plusieurs territoires mais circulent encore peu d’un pays à l’autre.
Les obstacles sont connus : faiblesse des réseaux de distribution, coûts du sous-titrage, questions de droits, accès limité aux diffuseurs, manque de visibilité sur les catalogues existants.
Une coopération régionale pourrait répondre à une partie de ces difficultés : mutualisation de certains coûts de sous-titrage, programmation croisée entre festivals, rapprochement entre télévisions et producteurs, meilleure identification des œuvres disponibles ou développement de coproductions régionales.
Le Sommet Lumière encourage d’ailleurs explicitement les coproductions internationales et les échanges entre marchés établis et émergents.
Relier les institutions de la région aux nouveaux réseaux
Le Sommet a également lancé l’Alliance Lumière, un réseau international destiné aux institutions publiques nationales chargées du cinéma et de l’audiovisuel.
Plus d’une cinquantaine d’agences l’ont déjà rejoint. Le réseau doit permettre des échanges d’expertise, des coopérations et des projets communs.
Plusieurs institutions de l’océan Indien pourraient avoir intérêt à se rapprocher de cette Alliance comme la Mauritius Film Development Corporation ou le Centre Malagasy du Cinéma et de l’Image Animée.
Pour des institutions de petite taille, l’intérêt est assez concret : accéder plus facilement à des partenaires, à de l’expertise et à des réseaux professionnels internationaux.
Soutenir la diffusion et les salles indépendantes
Le Sommet a aussi annoncé la création d’IRIS, International Resilience Initiative for Independent Screens, destinée à soutenir les salles indépendantes, les distributeurs et les réseaux de diffusion.
Cette initiative peut intéresser des territoires où l’offre de salles reste limitée ou très concentrée.
Dans l’océan Indien, la diffusion ne passe d’ailleurs pas uniquement par les salles commerciales. Festivals, centres culturels, équipements municipaux, projections itinérantes ou lieux polyvalents participent aussi à l’accès aux œuvres.
Les modalités précises d’IRIS restent à suivre, mais le dispositif pourrait ouvrir de nouvelles possibilités pour les acteurs régionaux.
Donner accès aux réseaux professionnels internationaux
Le programme Audiovisual Next Gen, annoncé pendant le Sommet, vise vingt professionnels de moins de 35 ans qui bénéficieront pendant dix-huit mois d’un programme international de mentorat et d’immersion. La première promotion sera exclusivement féminine.
Ce type de dispositif peut être particulièrement utile aux professionnels de l’océan Indien, souvent confrontés à un accès limité aux grands réseaux internationaux du cinéma et de l’audiovisuel.
Il faudra suivre les conditions d’accès et les prochaines ouvertures de candidatures.
Une coopération régionale plus utile que de nouveaux dispositifs
Les annonces du Sommet Lumière font écho à plusieurs difficultés déjà bien identifiées dans l’océan Indien : petits marchés, faible circulation des œuvres, manque de moyens pour la conservation, accès limité aux réseaux et aux financements.
La réponse ne passe pas forcément par la création de nouveaux dispositifs régionaux.
La priorité peut aussi être de mieux connecter les acteurs et les institutions de l’Indianocéanie aux programmes qui existent déjà, de mutualiser certains moyens et de faciliter les coopérations entre territoires.
C’est aussi dans cette logique que s’inscrit le projet régional de développement des industries culturelles et créatives en Indianocéanie, mis en œuvre par la Commission de l’océan Indien avec le soutien de l’Agence française de développement.
ALIPH, protéger le patrimoine
Créée à Genève en 2017, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine (ALIPH) est l’un des principaux fonds mondiaux dédiés à la sauvegarde du patrimoine culturel menacé par les conflits, les crises et le changement climatique.
ALIPH soutient directement les professionnels, les institutions et les communautés qui œuvrent sur le terrain à la protection, la restauration et la transmission des musées, sites, monuments, collections et patrimoines immatériels. Sa capacité à intervenir rapidement, y compris dans des contextes d’urgence, vise à empêcher la disparition définitive de patrimoines en danger.
Depuis sa création, ALIPH a soutenu plus de 640 projets dans 65 pays. La fondation accomplit sa mission grâce au soutien de ses États membres, de donateurs privés ainsi qu'à une quinzaine de bailleurs de fonds.
La fondation ALIPH est pleinement engagée aux côtés des professionnels, des communautés et de leur patrimoine pour contribuer au développement durable et à la construction de la paix.