Chapa 100, quand le transport en commun inspire un centre culturel

Jorge Matine Chapa

Dans la ville de Marracuene, du sud du Mozambique, un centre culturel communautaire redessine la carte culturelle de la province à l’écart du centre-ville de Maputo : le Chapa100 qui fait référence au transport en commun local. 

Le nom Chapa100 renvoie à l’expérience mozambicaine du minibus collectif qui constitue le principal moyen de transport entre les grandes villes et les périphéries. Le « chapa » traverse la ville de béton, les routes goudronnées et les chemins de sable. A l’intérieur du chapa, « voyagent des personnes d’âges, d’origines, de langues, de convictions et de destinations différentes ». Au centre culturel, l’idée est la même : rassembler des personnes, des histoires et des pratiques socio-culturelles sous un même toit. 

Créé en 2024 par un collectif de jeunes artistes, le Centre culturel Chapa100 met les livres, le cinéma, le théâtre, la musique et d’autres formes de création à la portée des enfants et des jeunes du quartier de Habel Jafar où l’accès aux lieux artistiques est limité par la distance et le coût des déplacements. 

Le transport "chapa"

« Au-delà du bitume, il y a aussi la vie, l’art et la culture », affirme Jorge Matine, écrivain, professionnel de la santé publique et militant social, fondateur de cet espace. Cette phrase résume l’idée à l’origine de Chapa100 : la culture ne doit pas être une expérience réservée à ceux qui vivent ou peuvent se rendre dans ce qu’on appelle la « ville de béton ». 

Situé dans le quartier de Habel Jafar, à quelques minutes de l’Estrada Circular, l’épine dorsale du « Grand Maputo », ce centre modifie la relation à l’activité culturelle qui nécessitait auparavant un déplacement jusqu’au centre de la capitale. 

« Nous voulions rapprocher ce que nous cherchons habituellement au loin : une scène, une bibliothèque, un écran de cinéma, un cercle de discussion, un livre encore fermé et la possibilité pour un enfant de découvrir un talent dont il ignorait peut-être l’existence. » 

Les activités proposées comprennent la peinture, un club de lecture, le cinéma, la danse, le chant, la musique, la poésie, le théâtre, un soutien scolaire et des ateliers sur l'environnement et le jardinage. Tout cela est conçu pour les enfants, les adolescents et les jeunes de la communauté. 

Assister à une pièce de théâtre, visiter une exposition, participer à un atelier ou monter sur scène devient une expérience accessible près de chez soi et ouvre à la jeunesse un champ des possibles pour élargir sa vision. « La plupart sont des élèves d’écoles publiques qui ont un accès limité aux livres, aux activités culturelles et aux espaces sûrs pour leur temps libre. Nous accordons une attention particulière aux adolescentes, qui disposent souvent de moins d’espaces où elles peuvent se retrouver, apprendre et s’exprimer librement, en toute sécurité et sans crainte de harcèlement ou de violence », explique Jorge Matine. 

Chapa100 va au-delà du simple rôle d’équipement culturel. Pour Jorge Matine, “la géographie ne doit ni déterminer l’ampleur des rêves ni limiter l’accès au savoir. Lorsque la culture s’installe dans le quartier, la communauté cesse de l’observer de loin et commence à y prendre part”. 

Le projet est toutefois confronté au défi de la pérennité. La demande augmente, mais les ressources ne suivent pas le même rythme. Maintenir une programmation régulière implique des livres, du matériel, des équipements, des animateurs, de la coordination et d’autres coûts, dans une communauté où de nombreuses familles ne peuvent pas payer régulièrement pour des activités culturelles. 

Le rêve de Jorge Matine est de faire de ce centre une sorte d’incubateur culturel et communautaire, capable d’accueillir des résidences artistiques, des formations, des créateurs d’autres régions et des projets menés par la jeunesse elle-même. Sa vision repose sur l’idée d’entrepreneuriat et de recherche dans les métiers du secteur créatif. 

« Un jeune peut découvrir qu’en plus d’être chanteur ou comédien, il peut travailler dans la production culturelle, la photographie, l’éclairage, l’écriture, la scénographie, la communication, la gestion d’événements ou la préservation de l’environnement. L’espace culturel élargit l’horizon de ce qu’il est possible d’imaginer comme avenir. » 

Eduardo Quive, Journaliste et écrivain 

Publié le 19/10/2026