Museomix 2026 à l’île Maurice
Et si le musée de demain se réinventait avec le public ? Du 12 au 14 novembre 2026, L’Aventure du Sucre, à Beau Plan, accueillera la deuxième édition mauricienne de Museomix. Organisé par l’Institut Français de Maurice, en partenariat avec le musée et le réseau international Museomix, cet événement s’inscrit dans la 10e édition de Novembre Numérique. Son ambition : faire dialoguer patrimoine, créativité et technologies pour renouveler l’expérience muséale.
Après une première édition au Musée intercontinental de l’esclavage en 2025, Museomix investit un autre lieu emblématique du patrimoine mauricien pour sa deuxième édition : L’Aventure du Sucre.
L’édition mauricienne présente une particularité. L’île Maurice accueille la seule édition de Museomix organisée hors du territoire français. Les museomixeurs mauriciens seront à l’œuvre presque en même temps que ceux de l’Alsace et des Alpes-Maritimes. L’île Maurice constitue ainsi une destination singulière pour ce hackathon, marathon créatif international, au-delà de son territoire d’origine.
Ouvert en 2002, le musée de l’Aventure du sucre retrace l’histoire de la canne à sucre, de son implantation à Maurice par les Hollandais au XVIIe siècle, aux mutations contemporaines de la filière sucrière. Son parcours muséal a été repensé en collaboration avec l’agence parisienne Clémence Farrell, récemment. Aujourd’hui, un nouveau chantier s’ouvre : celui de la médiation, avec l’ambition d’imaginer d’autres manières de raconter ce patrimoine et de le faire vivre auprès des publics.
Pendant trois jours, vingt-cinq participants aux compétences complémentaires : histoire, médiation culturelle, design, développement informatique, fabrication, graphisme, audio et vidéo, uniront leurs savoir-faire pour concevoir des dispositifs interactifs et ludiques. Répartis en cinq équipes pluridisciplinaires, ils travailleront au sein d’un laboratoire créatif éphémère, avec l’appui de spécialistes et des équipements mis à leur disposition : imprimantes 3D, outils de fabrication numérique, entre autres.
Né en France en 2011, Museomix défend une conception ouverte et collaborative du musée. L’institution n’est plus seulement un lieu où l’on conserve et transmet des savoirs ; elle devient un espace vivant, capable d’évoluer avec ses publics. Expérimenter, décloisonner les disciplines, partager les connaissances et encourager la participation sont au cœur de cette démarche. Le principe est simple : pendant 72 heures, des profils différents croisent leurs regards pour imaginer, fabriquer et tester de nouvelles formes de médiation.
Les prototypes imaginés ne constituent pas nécessairement une fin en soi. Ils peuvent ouvrir des pistes pour repenser la rencontre entre les visiteurs et les collections, renouveler les parcours ou enrichir les dispositifs de médiation.
Au terme de ces trois journées d’effervescence créative, le public pourra découvrir et tester les inventions le samedi 14 novembre, de 15h à 18h. Cette restitution gratuite, ouverte à toutes et tous, sera aussi un rendez-vous culturel festif. Une performance de danse contemporaine, présentée en avant-première du Festival International SAGAM, précédera le lancement exclusif de Lede Zanvie, titre de la chanteuse, autrice et compositrice mauricienne, Anouchka Massoudy.
La philosophie de Museomix privilégie le partage des contenus, des technologies et des savoir-faire, notamment grâce aux licences libres. Cette approche favorise la circulation d’idées et leur réutilisation, dans le respect des conditions attachées aux créations. Elle pose également une question essentielle : que deviennent les prototypes une fois le laboratoire refermé ? Leur éventuelle concrétisation dépendra des besoins du musée, des moyens disponibles et de la volonté de poursuivre le travail engagé.
Pour Edwige Gufflet, directrice de L’Aventure du Sucre, l’enjeu dépasse celui d’une simple expérimentation de trois jours. Il s’agit aussi « de faire émerger des propositions susceptibles de répondre aux besoins du musée et, si les conditions le permettent, de trouver une traduction concrète dans de futurs projets. »
À Beau Plan, le patrimoine sucrier sera donc le terreau d’une expérience collective entre mémoire, création et innovation ; car transmettre l’histoire, c’est aussi inventer de nouvelles manières de l’ancrer dans le présent.
Martine Luchmun